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observatoire

 

JEAN LOUIS LOPEZ

"La mort en ce jardin",

par Jean-Louis Lopez

 

julito

Photo : Daniel Daudet

A quelques semaines de différence, deux grands toreros ont reçu de gravissimes coups de corne qui leur ont fait frôler la mort. José Tomas et Julio Aparicio ne doivent la vie qu’à des exploits réalisés par les chirurgiens. L’artère et la veine fémorale sectionnées, José Tomas a été admirablement soigné à l’Hopital d’Aguascalientes, au Mexique. Il se trouve aujourd’hui en Espagne, chez lui, et se prépare à reprendre la compétition. Avec des lésions en apparence moins graves, Paquirri trouva la mort, il y a près de vingt cinq ans. Julio Aparicio , au lendemain d’un retentissant triomphe à Nîmes, a reçu dans les arènes de Madrid un très grave coup de corne au bas du visage, la corne lacérant la langue et le palais avant de ressortir par la bouche. Il a été opéré à deux reprises, d’abord à l’infirmerie de Las Ventas, à l’Hôpital du 12 octobre ensuite. Il est à présent tiré d’affaire.

Dans ce dernier cas, le retour aux arènes n’est pas encore évoqué, mais même si des problèmes psychologiques apparaissent, il est probable qu’il sera annoncée prochainement.

Alors ces hommes sont-ils de sac et de corde ? N’y a-t-il pas de force qui puisse en venir à bout ? La question ne se pose probablement même pas pour eux, tant la continuité d’une carrière, fut elle aussi dangereuse, parait normale.

Alors, c’est aux aficionados qu’il appartient de réfléchir sur ces deux cas. On sait que la mort du torero est en jeu à tous les moments de la corrida. Que le taureau ne se trompe jamais, parce que c’est une bête fauve faite pour attraper sa cible. Pour une partie des observateurs, il ne s’agit que des risques du métier. Certes. Mais il semble qu’il s’agit de payer cher, trop cher, la réalisation d’une passion.

Dans ses Lettres à Lucilius, Sénèque écrivait : « Exerce toi à mourir. C’est me dire : exerce toi à être libre. Qui sait mourir ne sait plus être esclave : il s’établit au dessus, du moins en dehors de tout despotisme. Que lui font le cachot, les gardes, les verrous ? Il a toujours porte libre. Une seule chaîne nous tient à l’attache: l’amour de la vie. Sans rejeter trop loin cette passion, il est bon de la réduire assez pour que, si la circonstance l’exige, rien ne nous retienne ni ne nous empêche d’être prêts à faire ce qu’il faudra faire tôt ou tard».

Ainsi sont faits les toreros. Face à un puntazo, consécutif à une voltereta, ou bien aux conséquences plus graves d’une cornada profonde, les réactions sont le plus souvent les mêmes : aguantar y quedar bien, comme l’écrivait Michel del Castillo dans Le sortilège espagnol. Résister et faire bonne figure. Tout un programme pour un torero. Qu’il réalise le plus simplement et le plus naturellement du monde.

Voila sans doute un des éléments qui rend le monde taurin si imperméable aux atteintes de la vie matérielle moderne. Et le rend si étrange et étranger aux yeux des opposants à la corrida. Napoleon Bonaparte disait : « La mort n’est rien. Mais vivre vaincu et sans gloire, c’est mourir tous les jours ».

Jean-Louis Lopez

juin 2010

 

 

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