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Marc Serrano, l'aficion intacte

 

marc serrano C'est à la Ganaderia Taurelle, à Saint-Just (34), que nous avons rencontré Marc Serrano, venu en ami découvrir les nouvelles installations et la première novillada non piquée de pure origine "Domecq" de la maison qui sortira en 2010. Au moment de fêter ses dix ans d'alternative, il a bien voulu se préter au jeu de l'interview-bilan, afin de mieux rebondir sur ses projets et ses aspirations :

Corridafrance : Quel bilan tires-tu de la temporada 2009 ?

Marc Serrano : Cette année, l’analyse sur ma manière de toréer, m’amène à scinder ma temporada 2009 en deux phases :

La première, ou professionnellement parlant, je me devais de réussir la seule véritable « cartouche » à ma disposition : je parle, bien entendu, de la corrida de Robert MARGE à Nîmes. En effet, je ne bénéficie pas d’appui important, comme peut l’être, par exemple, un apoderado avec des arènes.

J’ai donc besoin, pour faire décoller ma carrière, de réaliser un grand triomphe ! J’avais mis un immense espoir dans cette corrida de Pentecôte à Nîmes. Le sort en a décidé autrement. Mon premier toro était bon mais très faible, mon deuxième carrément impossible. Malgré toute ma détermination, tout mon désir de démontrer mon toreo, je n’ai rien pu faire. Dans ces moments là, un sentiment d’impuissance et de grande déception vous envahit.

Heureusement, il y a eu d’autres corridas : - St-Gilles, Mauguio, Chateaurenard,- où j’ai pu quand même prendre du plaisir et prouver que j’ai ma place dans le mundillo. Peut-être m’a-t-il manqué un peu de réussite et de suerte avec l’épée pour triompher ?

La deuxième phase, c’est ma fin de saison. J’y ai pris de plus en plus de plaisir à toréer. Je suis arrivé, à mettre en pratique ce que je travaillais à l’entraînement, à toréer plus a gusto avec moi-même. Mon toréo me correspondait plus. J’ai pu mieux m’exprimer au public. Cette fin de saison, même si elle a manqué de dates « marquantes », a été plus gratifiante notamment en ce qui concerne ma manière de toréer.

En fait, ce que je désirais, en début de temporada, c’est qu’après 2008 qui a été une saison pleine de promesses et avant 2010 qui sera celle de mes 10 ans d’alternative, 2009 soit une année de progression et d’ascension dans mon toréo et dans ma carrière de matador de toros ! Je n’ai pu le réaliser comme je souhaitais, mais, l’espoir et la motivation sont là . Je continue à progresser vers ce que je tends à être.

Corridafrance : En 2010, tu fêteras tes dix ans d’alternative. Quels sont les évènements marquants que tu retiens de cette décennie ?

Marc Serrano : Après une première saison de matador, pour laquelle j’avais pris le parti d’être dans l’action, j’ai accepté de toréer parfois dans des conditions qui n’étaient pas les meilleures, ni pour moi, ni pour ma carrière. J’ai connu une année blanche en 2002. Dans cette position, on réfléchit beaucoup et on se pose beaucoup de questions. En 2003, 2004, 2005, j’ai recommencé à toréer, mais très peu. Il est difficile de progresser quand on a peu de contrats car l’on n’a pas de repère. En fait, C’est lors de ces trois ou quatre dernières années, ou j’ai obtenu des opportunités plus nombreuses que j’ai pu mesurer, et travailler sur mon évolution et celle de mon toréo. Un dicton ne dit-il pas que « c’est en forgeant que l’on devient forgeron » !

Les faits marquants pour moi ? D’abord, l’indulto de « Pionerito » de la ganaderia « Manuel Angel MILLARES » à Benalmadena (Malaga). Un indulto c’est la plus belle rencontre que l’on puisse avoir avec un toro. En effet, lorsque le toro sort en piste, on l’analyse rapidement. On pense qu’il va servir ou non. Celui-ci de m’avait pas spécialement inspiré. Mais, au milieu de la faena, le déclic s’est produit. Je ne l’ai pas vu venir. Le public a réagi avec beaucoup de force, alors que moi, j’étais, à ce moment là, seulement dans mon plaisir. Je vivais cet instant pour moi. Brusquement, j’ai compris ce qui se passait, que « Pionerito » méritait l’indulto ! Ce toro continuait à embestir, la bouche fermée, au centre du ruedo. Ce jour là, j’ai vécu un moment très fort humainement ! Ce sentiment, je l’avais pareillement le lendemain lorsque je suis allé le voir aux soins. Et il ne m’a jamais quitté. Je ne peux m’empêcher de lui rendre visite régulièrement au campo. Cette année, j’ai tienté sa première fille avec beaucoup d’émotion. Depuis cet indulto, je réalise l’énorme responsabilité que représente le fait de gracier un toro.

Ensuite, en 2007 la corrida « des six français » à Nîmes ou j’ai coupé la seule oreille de l’après-midi. Elle m’a permis de redonner un élan à ma carrière. Ce triomphe, dans ma ville, a été extrêmement fort pour moi.

Je retiens également deux grands moments : 1) à Chateaurenard, en 2008, où, logiquement j’aurais dû indulter mon deuxième toro de la ganaderia "Los Bayonnes" , mais, le toro précédent l’avait déjà été. 2) à Rodilhan, en festival, en octobre de cette année. J’ai été, là aussi, à deux doigts de l’indulto d’un excellent novillo de "Virgen Maria".

Mais, en fait, ce qui est le plus positif, avant tout, c’est que mon aficion est plus forte maintenant qu’il y a dix ans !!!!

Corridafrance : Quelles ont été les phases clés de ton évolution ?

Marc Serrano : J’ai bénéficié à certains moments de ma vie, d’ailleurs très différents les uns des autres, de relations privilégiées qui m’ont aidé. Lorsque je toréais peu, Gilles RAOUX et EL ANDALUZ en continuant à s’entraîner avec moi, m’ont aidé à continuer à me sentir torero et à garder confiance. Ces trois dernières années, Patrick VARIN par son approche technique et son interprétation de la tauromachie m’a également fait évoluer de façon notable. Les échanges avec les autres sont toujours enrichissants

Corridafrance : En général, quel regard portes-tu sur la tauromachie française durant ces dix dernières années ?

Marc Serrano : Ce qui n’était pas envisageable, il y a quinze ans, s’est réalisé ces dix dernières années ! Non seulement, nous avons deux toreros français (pour ne pas les nommer Sébastien CASTELLA et Juan BAUTISTA) qui ont des carrières de figuras, mais nous avons également un certain nombre de toreros qui peuvent prétendre à toréer partout et tout style de bétail. Au niveau des ganaderos, c’est pareil ! Les éleveurs français peuvent lidier dans n’importe quelle arène, pour tout style de torero. En ce qui concerne les organisateurs, l’on peut dire que l’impensable s’est réalisé. Non seulement les français gèrent 95 % des arènes françaises, mais en plus, ils vont en gagner en Espagne. L’actualité le confirme avec le triomphe de Simon CASAS à Valence !

Corridafrance : Et maintenant, quel rêve aimerais-tu réaliser ?

Marc Serrano : J’aimerais avant tout bien sûr, faire « décoller » ma carrière, entrer dans un circuit plus favorable ; arriver à vivre et à exprimer ma passion.

J’aimerais aussi confirmer mon alternative l’année prochaine à Madrid. Il me semble que c’est le moment. Je le ressens comme ça.

J’aimerais également, fêter mes dix ans d’alternative à Nîmes. C’est ma ville, c’est là que j’ai été sacré « matador de toros ». Ce serait une très belle chose pour moi.

J’aimerais enfin que l’Occasion se présente : celle qui permet de réaliser « un geste » comme l’on dit, ce geste capable de marquer une carrière. Pour le moment, rien de concret, mais je suis mentalisé. Si ce genre de défi se présente, je me sens prêt à le relever.

Corridafrance : Paradoxalement, tu as l’image enviée d’un professionnel respecté, alors que tu te bats tous les jours pour trouver des contrats et toréer, notamment dans nos grandes férias hexagonales. Que doit-on te souhaiter au moment où tu abordes cette nouvelle phase de ta carrière ?

Marc Serrano : Je pense que ce qui m’a manqué, c’est de surprendre. Pour cela, il me faut réaliser un grand triomphe dans une arène importante ; être mis en situation de pouvoir démontrer sans me trahir, sans trahir, ni mon éthique ni ma tauromachie, que je ne suis plus le même. J’ai évolué et je travaille tous les jours à mon évolution.

Souhaitez-moi d’être au prochain cartel de la Feria de Pentecôte à Nîmes, que j’y obtienne le triomphe tant attendu ; que je puisse entrer dans les grandes ferias françaises et étrangères !

Souhaitez moi de régaler ceux qui m’aiment et convaincre les autres !

Souhaitez moi de réaliser une carrière professionnelle qui m’apporte satisfaction !

Corridafrance : Est-ce qu’il y a quelque chose de prévu pour cette année anniversaire ?

Marc Serrano : Sur le plan professionnel, c’est un peu tôt dans le calendrier, rien n’est encore vraiment déterminé. Mais, j’attends avec beaucoup d’espoirs d’être fixé sur pas mal de dates. Je croise les doigts !

Sur le plan plus affectif, j’ai un club taurin sensationnel ! J’y ai beaucoup d’amis fidèles. Ils ne m’ont pas dévoilé leurs projets, mais je sais qu’ils travaillent « d’arrache pied » pour me concocter un bel anniversaire. Je leur fais confiance, je sais que la fête sera belle !

Corridafrance : Merci Marc. Nous te souhaitons une Bonne Année et une grande temporada 2010.

Marc Serrano : Merci. Bonne année également, ainsi qu'à tous les lecteurs du portail corridafrance.fr

Laurent Deloye "El Tico"

 

 

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