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Le prix du sang, par Jean-Louis Lopez

 

madrid

Photo : Daniel Daudet - Madrid 2010

La temporada qui vient de s’achever, en France comme en Espagne, a été particulièrement sanglante du côté des toreros. Tout le monde a encore en mémoire la très grave blessure de José Tomas. Rafael Rubio Rafaelillo est le dernier en date a avoir payé le prix du sang.

Personne n’ignore que sans les extraordinaires progrès de la médecine et plus précisément de la chirurgie taurine, ces blessures se seraient souvent soldées par la mort du torero. Malgré ce constat qui fait froid dans le dos, tous ces blessés n’ont eu qu’un seul vœu : celui de reprendre au plus tôt la compétition.

Alors la question se pose : quelle peut être la motivation de ces hommes ?

Bon nombre des blessés de la saison ont été des banderilleros, ceux qu’on dit injustement n’être que des subalternes. La question est sans aucun doute d’ordre philosophique. Comment peut un être humain montrer à ce point un mépris de la mort ?

Au-delà d’un éventuel appât du gain, une seule explication vient à l’esprit : c’est la passion qui conduit ces hommes.

La passion de cette lutte permanente contre la mort qui balaie d’un revers de cape la notion de raison devant prévaloir dans ce domaine.

Le problème devrait être envisagé par les anti-corrida. Ceux qui prétendent ne voir dans la course de taureaux qu’une torture de l’animal. Car en vérité, ceux que l’on torture dans le cas présent, ce sont les hommes.

Comment peut-t-on résister à ces avertissements mortels ? Sept mois après le coup de corne Aguascalientes, José Tomas assure que « vivre sans toréér, ce n’est pas vivre ». Quelques semaines après la terrible cornada de Julio Aparicio, après la publication de cette photographie morbide où l’on voit la corne du taureau sortir de la bouche du torero, le madrilène a revêtu à nouveau et à plusieurs reprises le costume de lumières.

Pas une seule fois le torero ne s’est plaint de la blessure reçue, comme s’il ne s’agissait que d’un simple incident de parcours.

Les toreros seraient-ils des surhommes ? Sûrement pas. Ils confessent presque toujours que le coup de corne provient d’une erreur commise par eux-mêmes. Simple humilité ? Non plus. La traduction évidente et toute simple de la passion qui les anime. La passion, un terme qui vient du latin patior, qui signifie souffrir.

Il n’y a que les passions et les grandes passions qui puissent élever l’âme aux grandes choses, écrivait Diderot. Ces grandes choses qui font penser à de grandes faenas, comme celles de El Juli, Enrique Ponce ou Manzanares.

Jean-Louis Lopez

Décembre 2010

 

 

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