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jacques lanfranchi
La fin des Capitalistes

’est un garçon qui rentre normalement aux arènes (ou une fille comme 1952 à Madrid). S’assoit sur les gradins, un peu nerveux, à peine le toro en piste , il enjambe barrière, contre piste et s’emploie avec gaucherie parfois, à quelques passes, c’est l’espontaneo littéralement : Spontané, alors que tout est préparé !

Manuel Benitez « El Cordobes » commença sa carrière comme tel en 1948 et récidiva en 1950, respectivement à Madrid et Cordoue.

Il fut rattrapé par l’Histoire le 18 mai 1968 Miguel Mateo « Miguelin » matador de toros sauta en piste au sixième de Manolo, un Soledad Escubano en pleine San Isidro et toréa avec un mouchoir pour souligner l’incurie et la fadeur du bétail. (1)

Ells Fernando Villaroel dont l’apodo était « El chocolate » fut tué par «  Sospechoso » de la ganaderia Los Guateles le 15 septembre1981 après qu’El Cordobés eut autorisé son espontaneada à Albacete, il avait 28 ans.

Les photos de cet accident mortel sont exposés « avec tant d’autres ! » au Bar la Torre de Oro plaza mayor à Madrid.

Cette tragédie fut un des éléments de la perte de popularité du divin chevelu.

Un autre calife le quatrième Manolete subit lui aussi ce type d’exercice , ce fut le 24 avril 1944 à la monumental de Barcelone devant un toro d’Alipio Perez Tabernero un certain Pedro Goïta, plus connu sous le nom de Pedro Romero, toréa de muleta. (2)

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Manuel Rodriguez paya l’amende et évita à Pedro la prison.

Après son installation en 1948 en France, Pedro fut le père spirituel de toute une génération de toreros français.

Devant une adversité démesurée à leur encontre dans les milieux taurins nationaux et espagnols, ils s’illustrèrent à leur tour dans cet exercice en solo ou en groupe.

Alain Bonijol le 24 juillet 1972 tuera le novillo de Rafael Gomez à Palavas sans autre forme de procès, il réitérera son geste (estocade en moins) deux fois à Nîmes dans les années 1980.

Bernard Dombs «  Simon Casas » fera lui aussi le geste ultime avec un toro de Juan Pedro Domecq le 29 septembre 1972 à Nîmes, mais en ayant demandé la permission (et les trastos) au maestro Antonio Ordoñez ainsi qu’à la présidence (sic) il s’excusera à genoux en piste après l’estocade.

Christian Montcouquiol, après été refusé le matin même à la tienta de la Société taurine la Muleta d’Arles à Fontvieille sautera dans les arènes rhodaniennes devant un toro d’Atanasio Fernandez dévolu à José Luis Manzanarés le 3 avril 1972.

Action commando, car pour écarter la maréchaussée et les peones. Les copains Francisco Caro et Patrick Laugier effectuèrent le quite de l’autre côté de la piste (soit une fausse piste !)

Il y eut également des actions de groupe comme à St Sever en 1972 sous la direction de Simon Casas et contre le même Simon Casas alors prestataire de services à Nîmes pour une novillada nocturne le 2 avril 1980 (toro de A Tabernero de Villanueva) le regretté Yiyo quitta la piste ce soir là dégoûté.

Plus prés de nous, pour la réunion annuelle des clubs taurins Paul Ricard aux Saintes Maries de la mer le 3 juin 1984 le cartel proposé aux trois espoirs novilleril de l’école taurine de Madrid : Joselito, El Fundi et El Bote, toros de Cobaleda, inspira la ire fondée de la toreria française.

Insultes, horions, police, panier à salade, garde à vue : le kit classique.

Il y eut également des hétérodoxes de l’exercice en France : Alain Bonhoure qui peint si bien aujourd’hui le monde des toros et qui sauta souvent aux arènes du Soleil d’Or à Toulouse, il consacra d’ailleurs un très bel ouvrage à cette plaza.

Moussa Benotmane qui fit une carrière d’infirmier à l’hôpital d’Arles après avoir sauté souvent la talenquère de ces arènes éponymes.

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Sans oublier Serge Almeras multi récidiviste de l’exercice et aujourd’hui découvreur notamment les deux Julien : Lescarret, Miletto.

L’avènement des écoles taurines, les structures pour les jeunes apprentis toreros, un certain formatage des talents dans le cadre de ces institutions à sonner le glas de ces pratiques revendicatrices fortement frappées d’amendes et de prison à l’époque.

Ces maletillas qui pratiquaient l’espontaneo étaient très pauvres en argent et en contrat et par dérision, on les appelait les capitalistes. C’est leur fin !

(1) - cartel El Cordobes, Palomo Linares, Rafael de Paula

(2) - cartel Manuel Rodriguez Manolete, Juanito Belmonte, Juan Mari Perez Tabernero

(3) - « Recouvre le de lumières » d’ Alain Montcouquiol « édition Verdier »

arles espontaneo

Jacques Lanfranchi

décembre 2009

 

 

* Les clichés de Serge Almeras, de Pedro Romero et Simon Casas font partie des collections privées de Serge Almeras et Pedro Romero.
* Les deux autres photos sont tirées d'un livre "Toute la corrida en 1200 images" Calman Levy éditions

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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