LES KARMAS DE CORDOUE

 

Cordoue est édifiée en hémicycle comme un amphithéâtre dont le centre serait la grande mosquée, l’œuvre de l’émir Abderrahmane Ier.

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Cette mezquita porte en elle le magnifique chiffre de la trinité : éminemment symbole taurin. Dans une forêt de plus de mille colonnes de marbre blanc, porphyre, albâtre qui oppose un Islam pur et original à une cathédrale ruisselante d’or, d’argent et de boiseries jusqu’au dégout comme une pâtisserie trop sucrée : un lokoum. La première strate étant l’église wisigothe.

Une étoile de David se dévoile au sommet d’un arc dans l’allée du mihrab, de cette niche dirigée vers la Mecque l’imam le guide dirige la prière. Ces trois religions fusionnent aussi dans les soixante et dix bibliothèques de Madinat Al Zahira, la ville que fit également construire un autre omeyyade Abd El Raman III pour sa favorite Zahra.

Ce dernier se proclamera le représentant de Dieu et deviendra ici le premier calife.

Cette union est présente également dans les causeries entre les penseurs juifs, arabes et chrétiens : Averroès, Maimoun, Avenzoar, dans la cour des palmiers où l’on échange la connaissance comme dans tout le royaume d’El Andalus.

La rudesse de la « reconquista » catholique transformera une partie des portes de la mosquée en oratoire, en chapelle, voire en mur. La cour des Palmiers deviendra celle des Orangers mais amers comme leur créatrice la reine Isabelle La Catholique.

Elle établira le référentiel religieux pour les trois premiers héros taurins de Cordoue à travers son patron St Raphaël, « Rafae » dont la statue ne fait le paseo qu’une fois l’an le 24 octobre.

Rafael Lagartijo le grand naquit en 1841 si élégant que son visage surmonte la statue équestre du grand capitan Gonzalve vainqueur au 15ième siècle de la campagne d’Italie ; C’est le sculpteur Matteo Inurria qui confectionna en 1910 ce puzzle historique qui trône sur la plaza de las Tendillas

Rafael Guerra « Guerrita » 1880 déclara rapidement : « après moi personne », il refusera un paseo à Madrid, qu’il fasse toréer St Isidore leur patron arguera t’il. Il honorera plusieurs contrats dans une autre capitale plus exotique la Havane à Cuba. Il se retire des toros à 37 ans, selon ses volontés posthumes son club taurin cordouan fermera ses portes définitivement à son trépas.

Rafael Gonzalez « Machaquito » le lutin avec un éclair endormi dans les bras. Il tua plus de 2500 toros mais l’estocade du toro Barbero de Miura le 9 mai 1907 à Madrid immortalisée dans le métal par Mariano Benlliure rendit célèbre son apodo « le sabreur ».

Avec l’arrivée des deux Manuel : Rodriguez Sanchez « Manolete » et Benitez Perez « El Cordobés », nous voilà aux cinq doigts de la main de Fatima, les cinq piliers de l’Islam, les cinq califes.Deux facettes de l’Art Manuélin, l’une épurée à l’extrême avec le culte de l’ « aguante » et l’autre d’une hétérodoxie sauvage qui conjugue l’excentrique et la création.

Manolete natif du quartier des toreros comme ses prédécesseurs, la Merced prêt de l’église Santa Maria de las Aguas Santas il illustrera à lui seul Sénèque le philosophe de Cordoue «  il n’est pas vrai que nous ayons peu de temps mais nous en avons déjà beaucoup perdu » « de la brièveté de la vie ».

L’austérité de son époque et son toréo font de lui un ambassadeur du stoïcisme et l’avènement d’un style : la verticalité.

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Immortalisés tous deux dans le marbre Sénèque contemple assis le WAD al KABIR, le grand fleuve, Manolete reposant dans son mausolée au cimetière de la Salud.

Dans la périphérie de la mosquée le quartier de la Juderia s’épaule à l’Alcazar, ancienne demeure califale rasée puis reconstruite pour devenir le palais du très catholique Alphonse XI.

C’est dans cet environnement que vit le jour en 1135 le fils du rabbin Maimoun : Moïse Ben Maimoun dont l’apodo est Maimonide. C’est l’une des plus grande figure de la médecine médiévale, philosophe, théologien, il commentera aussi bien la Tora que les écrits d’Aristote.

En 1148, il fuira devant les envahisseurs Almohades, officiellement il se convertira à l’Islam…par cet apostat il deviendra le médecin privé du sultan Salah Al Din au Caire où il finira sa vie en 1204.

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« La médecine est la science de la pesées des faits et l’art du choix entre les risques et les maux » Cette citation, tirée de l’un de ses ouvrages, « le guide des égarés », ne s’applique t’elle pas à la Tauromachie hérétique et débridée de Manolo Benitez « El Cordobés »?

Natif de Palma del Rio sur les rivages du fleuve Bétis persécuté lui aussi par un ennemi pendant les années noires de l’Espagne , de blessures en succès, il ouvrira la grande porte des arènes de Séville la rivale le 20 mai 1964 puis bien d’autres , il fera comme Maimonide, il fréquentera son ennemi, lui brindant même des toros ou partageant une partie de chasse.

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Dans ces années soixante il fut l’homme le plus connu d’Espagne avec le général Franco « el Caudillo ».

Manuel Benitez d’iconoclaste deviendra idole « El Cordobés » sera le seul calife consacré de son vivant « le cinquième ». Son buste demeure dans le musée taurin tout prés de la synagogue sur la place Maimonide.

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Le prince des médecins lui consulte à tout jamais, figé dans le bronze dans la Juderia mais aussi au frontispice de la faculté de médecine de Paris rue Jacob.

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Ainsi va Cordoue dans ses rencontres, ses hasards, ses télescopages, à son propre rythme : son compàs, mais toujours vers le milieu du cercle la mosquée et sa tangente immémoriale le Guadalquivir.

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« Mais sous le mystère confus

Jamais Cordoue ne tremble »

Federico Garcia Lorca

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Décembre 2007

 


 

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