TERRE TAURINE

 

Il est un pays perdu en pleine Camargue qui resta très longtemps mystérieux pour les yeux de mon enfance. Je le comparai au fameux « El Paso » des anciens westerns, « le passage », peut être celui entre la ville et la plage, l’école et les vacances, peut être plus ?

Le Sambuc, petite capitale du delta, moins fardée plus vraie que ses grandes sœurs Les Maries de la Mer présente une histoire taurine peu commune.

Louis Antonin Gras dit « Grasset » fut sauteur sans perche dans le quadrille de Pouly II, (Ambroise Brasillon Boudin). Il officia jusqu’en 1914 et devint d’ailleurs puntillero puisque la course hispano française évoluera vers la course formelle dite avec mise à mort.

Notre homme créera le café du « Mouton Blanc » qui deviendra vite chez Grasset et siège du premier club taurin du Village.

carte club

Aujourd’hui l’établissement s’appelle « l’Estrambord » et les propriétaires Lacanaud père et fils ont créé un petit musée taurin dédié à Antonin.

Ce dernier repose en terre sambutenne dans un tombeau en pierres de Fontvieille son village d’origine.

De l’autre côté de la rue, de la route, un autre saloon, pardon un autre café appelé «l’alternative » accroché derrière le comptoir un estoc de mort et une photo un peu formelle des années 50 celle d’Antonio Montiel, élève de l’ETA (école taurine d’Arles), il formera pareja avec Pierre Schull, malheureusement sa carrière fut brisée très tôt par une blessure.

L’établissement s’appelait antérieurement « le flint » : connotation pirate ?

L’étymologie provençale du mot Sambuc étant double : le sureau ou le passage dangereux …

Il était exploité par la famille Chiffe Exbalin dont le petit fils n’est autre que Gildas Gnafoua, Diamante Negro*, torero d’alternative d’où l’appellation éponyme.

La suppression des chemins de fer de Camargue, notamment la ligne Arles- Les Salins de Giraud donnera un gisement inespéré de traverses en bois. L’utilisation la plus connue de ce matériel étant la confection d’un plan, d’un bouvaou et qui dit arènes dit taureaux.

Dans les années 1970 le comité des fêtes était sous la houlette de Mr Marius Grignard ; ce dernier fit débuter quelques jeunes qui se « mettaient devant ».

De gauche à droite Alain Bonijol, Raoul Destrée « le belge », Fulvio Cinquini, Juan Montiel, Fils d’Antonio, Hervé Galtier, Christian Montcouquiol. 19 ans de moyenne, bétail garantie Camargue.

Fulvio Cinquini d’origine italienne est domicilié maintenant à Milan, il est photographe et écrivain spécialisé dans les chevaux, le jeune Juan Montiel a arrêté très rapidement sa carrière.

Christian Montcouquiol, Nimeño II était déjà en novillada piquée, il se produisait ce jour en simulacre de mise à mort, bel exemple d’abnégation, de gentillesse, d’amitié profonde pour les villages qui l’avaient aidé dans sa période de becceriste (1967-1972), l’Aficion.

paseo

Il faut avouer que posséder trois toreros pour 380 habitants, c’est la moyenne la plus élevée du monde pour une cité taurine (Calculer le pourcentage pour Arles, Madrid, Mexico, Séville).

Nos amis Cathy et Jean , binôme incontournable de la « boutique des passionnés » à Arles, aficionados militants et avertis, ne se sont pas trompés, ils ont élu domicile au Sambuc.

D’ailleurs, quand vous « passerez », ralentissez (il y un contrôle radar), car vous savez maintenant que c’est une authentique terre taurine.

Marius Grignard et EvelyneA Marius Grignard (Ici avec sa petite fille Evelyne)

signature

 

*alternative le 29 avril 2001 à Méjanes, toro Tranquilito de Pourquier, parrain Fernando Cepeda et Témoin Charly Laloé « El Lobo »

Remerciements à Philippe Brochier pour les photos et à Fulvio pour leurs prêts, à Alain Montcouquiol pour l’information sur le cartel du 8 juillet 1973.

 

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